Partager l'article ! Préparation: Il est l’heure. Il est prêt. Il est froid. Ce soir encore il va frapper. Ce soir encore, des ...
Il est l’heure.
Il est prêt.
Il est froid.
Ce soir encore il va frapper. Ce soir encore, des gens mourront.
Assis devant sa glace, la tête baissée, il se concentre. Il écoute son cœur et ses battements lancinants. Toc Toc Boum, Toc Toc boum, Toc Toc boum. Le moteur est bien huilé, pas de hoquet, pas de sursaut, un véritable métronome, froid et parfait.
Il est l’heure.
Il fait froid.
Il est méthodique et déterminé, chaque geste est calculé, chaque étape anticipée. Aucune erreur ne lui est permise et toute imperfection lui sera fatale. Il enfile d’abord collants moulants, pantalon et chaussures ; pose ensuite le pistolet sur l’avant-bras et les munitions à la ceinture ; recouvre enfin tout ce barda d’une ample chemise blanche.
La veste, le chapeau et les gants attendront. Il faut d’abord se rendre méconnaissable, ne permettre à personne de faire le lien entre ça et un être humain. Sur l’étal des perruques il choisit la brune. Exubérante et crépue, elle cachera à merveille ses cheveux poivre et sel.
Dernière touche de l’esthète, il se blanchit le teint, se rougit les lèvres en vermillon. Il se veut l’image de la mort et il pleure.
Une fleur à la boutonnière, il se lève, met le gant droit, puis le gauche. Ce soir, il les a choisi blancs, purs et immaculés comme ses futures petites victimes.
Il a froid.
Les images, les odeurs et les clameurs arrivent du dehors.
Ce soir encore, il frappera. Ce soir encore aux premières de la nuit on célèbrera sous le chapiteau, l’arrivée du clown triste.