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C'est ici que ça se passe

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Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 07:35

Je t'ai vu sur le quai du métro.

J'ai vu ta grande carcasse voutée, insensible aux flux et reflux des parisiens qui te le rendaient bien.

Attiré pas ta silhouette, j'ai laissé filer mon métro. Rien de grave, mon RDV pouvait attendre.

J'ai d'abord cru te voir immobile, arbre rachitique, tes racines ancrées sur le rivage du métro tel un phare immuable.

Tu t'es animé avec la rame suivante, un pas en avant, un pas en arrière, tête volontaire mais corps pesant, tu te battais et tu te débattais, offrant au public indifférent quelques pas de danses. Ta chorégraphie s'est achevée avec le cliquetis de fermeture des portes.

Artiste consciencieux, tu as réitéré ta performance au train suivant pour les retardataires alors que, hypnotisé par ton spectacle, je ratais une troisième rame. Toujours en retard, elle m'attendrait bien pour fois...

C'est alors que mon cerveau s'est mis à échafauder mille scénarios te concernant. Entretien d'embauche bâclé, tu crains de l'annoncer à ton entourage, Amant rejeté tu ne peux te résoudre à retrouver le vide de ta mansarde, Gagnant du loto refusant de passer du rêve merveilleux aux contingences matérielles concrètes, orphelin allant rejoindre ses parents récemment retrouvés,...mille et une histoire. Peut être une de vraie.

Alors que la lumière décroit dans cette station en plein air, je prends conscience de mes absences, physique à mon RDV depuis longtemps passé et psychologique au bord de ces voies ensorceleuses. Toi, tu es toujours là. Peut être m'as tu remarqué ? Si c'est le cas, rien dans ton comportement ne le laisse transparaitre.

Le vent s'engouffre. Premiers frissons. Je réajuste mon écharpe, ferme mon manteau et recule m'asseoir dans les baquets oranges.

Tu es toujours là alors que les ombres et le temps entre chaque métro s'allongent. Encore un pas en avant, encore un pas en arrière...Une langueur monotone me submerge et à mon réveil tu n'es plus là.

Tu as fini par le prendre.
Tu as attendu que je m'assoupisse avant de monter dans ton dernier métro me laissant seul dans ce fauteuil d'hôpital face à ton absence et à l'agitation du corps médical.

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