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C'est ici que ça se passe

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Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 19:32

Quand je serai grand, je serai comme la banquise. Redouté des hommes, respecté des ours blancs et havre de protection pour les plus faibles. Quand je serai grand je serai comme la banquise mais pour l'instant je prends forme au plus profond de la nuit noire.

Quand je serai grand, je serai fort comme un iceberg ! Fier vaisseau des mers, je pourfendrai tous les orgueilleux Titanic des Océans, traçant dans mon majestueux sillage la voie à la révolution des âmes et des pensées. Pour l'instant, je me sens plutôt à l'étroit. Alors que je gagne en consistance, plus je me débats moins je bouge. Mon réconfort vient de mes futurs frères d'arme à mes côtés.

 

Quand je serai grand, je serai tel le blizzard, lissant les inégalités du monde sous le blanc manteau de l'équité. Comme un saint de glace, je pourchasserai le démon tapis au plus profond des cœurs impurs. Mais ça y est, je le sens, je suis prêt. Une fois de plus mère nature a réalisé un miracle et mon instinct me pousse à bouger, à me débattre, à chercher à l'extérieur l'espace qui manque ici. Tant de douleur, tant de souffrance. Puis vint la lumière, la chaleur extérieure et ces 2 mains délicates qui vous accueillent au monde.

 

Et cette voix, cette voix chérie parmi tant d'autres :

 

" Eh Jeannine, dans ton Martini, tu veux 1 ou 2 glaçons ?"

 

Et la porte du freezer se referma.

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Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 12:14

"Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, ce qui est important dans le lancer de chat, ce n'est pas la race. On a obtenu de très bons résultats avec un angora bien gras pour peu qu'il ait été généreusement enduit de saindoux pour améliorer son coefficient de pénétration de l'air. En 1927, le célèbre lanceur russe Piotr Muradov a même établi un record du monde avec un chat de gouttière de la banlieue de Saint Petersbourg. Evidemment, aujourd'hui, on ne trouve plus que des chats siamois dans les grandes compétitions internationales. Leur ratio poids, poil et solidité des os en fait des instruments idéaux pour notre sport"

 

Faire un pause.

Boire lentement une gorgée pour laisser à son interlocutrice le soin d'assimiler le discours puis enchaîner rapidement.

 

"Non, ce qui est vraiment important dans le lancer de chat, c'est la prise et pour ça, deux grandes écoles de pensée s'affrontent actuellement : prise à la patte ou prise à la queue ? Je ne voudrais pas vous importuner avec des détails mais d'un point de vue technique, c'est très proche du lancer de poids, même si on n'a jamais vu aucun boulet griffer son propriétaire. Pour l'anecdote, les écoles barbichette et moustaches a fait long feu. Non pas que cela manque d'efficacité, mais cela rendait nécessaire le convoi d'un nombre important de félins lors de chaque compétition, l'usage de chacun étant bien entendu unique. Des recherches génétiques sont en cours pour améliorer la resistance des moustaches, mais en attendant, il faut bien pouvoir les lancers, avec ou sans moustache ?"

 

En général, c'est à ce moment que la bouche s'entrouvre, les yeux s'écarquillent et le sourire initial s'est affaissé en un rictus révulsé de dégoût. Je sais que c'est l'instant pour l'estocade, le temps de la mise à mort, l'heure du coup fatal.

 

"Bien sur, il peut arriver, de temps en temps, de très légers incidents, car contrairement à l'adage populaire, les chats ne retombent pas toujours sur leur pattes ! Ceux qui ressemblent encore à quelque chose sont gardés pour les entrainements, les plus chanceux sont recueillis pas la S.P.A. pour les publicités contre les mauvais traitements subis, quant aux derniers, ils sont insérés dans TechKat2024 pour être tués, dépecés, tannés, assemblés, traités, assaisonnés et mis en boïte. Ce recyclage en  manteaux de fourrures et farine animale bio (tous les stéroïdes sont 100% faits maison) permet de financer une maison de retraite pour chat Héroïno-dépendant à Haïti. Notre sport est et doit rester ethique !"

 

Le gong résonne,

Les 7 minutes sont déjà écoulées et malgré son teint livide, Julie-qui-était-trop-contente-d'avoir-un-petit-chat-tout-doux-tout-mignon-pour-son-anniversaire n'a pas encore vomi. Elle vacille en se levant et se rend d'un pas mal assuré jusqu'à la table suivante, recherchant frénétiquement un petit remontant léger, triple whiskas ou alcool à 90...J'en profite pour sourire à mon voisin qui doit demander pourquoi il n'y a que des souris apeurées et tremblantes dans cette séance de speed dating.

 

Hélas je n'ai pas le temps de savourer ma victoire, une jolie brune s'assoie en face de moi, les yeux encore pétillants, l'allure fière et le regard perçant. Quel joli challenge en perspective.

 

"Bonjour, je m'appelle Ingrid et je suis ergothérapeute"

'Bonjour, je m'appelle Lucien, et ma passion, ce sont les sacrifices humains pour les divinités démoniaques. Et contrairement à ce que les gens pensent, ce n'est pas le choix de la vierge qui est important mais bien celui des instruments contondants, tranchants et rapeux utilisés pour le rituel..."

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Dimanche 31 octobre 2010 7 31 /10 /Oct /2010 19:46

            Salut vieille branche ! Ca fait un bail, non? 3 mois, peut-être 4, disons 5 pour arrondir à la quasi dizaine. Je t'ai laissé rabougrie aux portes de l'hiver, je te retrouve bourgeonnante et rebondie aux premières lueurs du Printemps. Tu m'accueilles avec le sourire ? Tu ne m'aimais donc pas tant que ça...tant pis!

 

            Nous ne nous sommes encore rien dit, les yeux dans les yeux, sondant nos âmes pour toucher juste dès les premiers mots. A ma décharge, croiser une ex à la sortie d'un sexshop de la rue de la Gaité ne participe pas activement à libérer la parole. Pourtant, un trait de génie, venu de nul part,traversa mon cerveau jusqu'à mes lèvres comme un fulgurance :

 

           - Salut

           - Bonjour

           - Tu as l'air en forme !

           - Oui, c'est grâce aux hormones.

           - Tu es déjà ménopausée ?

           - ...je viens d'avoir 28 ans !!!!?

           - Tu sais, moi les trucs de nanas

           - Ooooooooh oui je sais

 

Est-ce vraiment un sourire ? J'ai cru apercevoir comme une lueur de haine dans son regard, comme un soupçon de rancoeur aux commissures de ses lèvres, comme une touche pointilliste de psychopathie dans le frémissement de ses narines.

 

           - Désolé je n'avais pas vu ton acné! Tu refais une crise d'adolescence ? Déjà que t'étais pas facile à vivre...ton nouveau Jules doit prendre cher. Tu as reussi à te recycler quand même ?

           - Je suis surtout enceinte

 

 

Enceinte ? Comment ça enceinte ? Comme un polichinel dans le tiroir ? Pourtant oui, tout est là, la grosse paire de nichon, le bide provocant d'une future pondeuse de 3, 4 disons 5 mois pour arrondir à la...

 

           - Oh mon dieu !

           - Toujours le juron aussi facile à ce que je vois

           - ...mais...

           - oui ?

 

Cette intonation, ce sourire aussi sadique qu'assymétrique, ce regard franc....Serait-ce possible ? Non, elle prenait la pilule...où pluôt c'est ce qu'elle disait.

 

          Un première goutte de sueur glisse le long de ma tempe.

 

Et si ma rupture était la sienne ? Une fois engrossée, elle s'est arrangée pour que je la quitte.

 

          - et.....qui est le père ?

          - Je ne sais pas. Tu sais, sur la fin, tu n'étais pas le seul. Jamais là, je devais bien m'occuper, non?

          - ....oui...euh....non

          - ferme la bouche, y a de la bave qui coule. Et ne t'inquiètes pas je ne te demanderai pas de pension pour junior ou juniorette. Sauf si il a ton pif....

          - ...

          - Bon, je crois qu'on s'est tout dit

          - ....

 

Elle tourna les talons et s'engouffra dans le métro.

Et oui connard, tu m'as largué comme une merde. Tu me devais bien cette vengeance mesquine ! Tu as vraiment cru à une rencontre fortuite ? Qu'est ce que je foutrais à Montmarnasse un jeudi à 16h alors que je vis Place de Clichy et que je bosse à Montmartre ? J'aimé ton regard éthéré de déterré, ta face béate et blafarde presqu'autant que tes silences.

 

Un Push-up et un coussin....trois fois rien.

 

Allez, adieu vieille branche.

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Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 07:35

Je t'ai vu sur le quai du métro.

J'ai vu ta grande carcasse voutée, insensible aux flux et reflux des parisiens qui te le rendaient bien.

Attiré pas ta silhouette, j'ai laissé filer mon métro. Rien de grave, mon RDV pouvait attendre.

J'ai d'abord cru te voir immobile, arbre rachitique, tes racines ancrées sur le rivage du métro tel un phare immuable.

Tu t'es animé avec la rame suivante, un pas en avant, un pas en arrière, tête volontaire mais corps pesant, tu te battais et tu te débattais, offrant au public indifférent quelques pas de danses. Ta chorégraphie s'est achevée avec le cliquetis de fermeture des portes.

Artiste consciencieux, tu as réitéré ta performance au train suivant pour les retardataires alors que, hypnotisé par ton spectacle, je ratais une troisième rame. Toujours en retard, elle m'attendrait bien pour fois...

C'est alors que mon cerveau s'est mis à échafauder mille scénarios te concernant. Entretien d'embauche bâclé, tu crains de l'annoncer à ton entourage, Amant rejeté tu ne peux te résoudre à retrouver le vide de ta mansarde, Gagnant du loto refusant de passer du rêve merveilleux aux contingences matérielles concrètes, orphelin allant rejoindre ses parents récemment retrouvés,...mille et une histoire. Peut être une de vraie.

Alors que la lumière décroit dans cette station en plein air, je prends conscience de mes absences, physique à mon RDV depuis longtemps passé et psychologique au bord de ces voies ensorceleuses. Toi, tu es toujours là. Peut être m'as tu remarqué ? Si c'est le cas, rien dans ton comportement ne le laisse transparaitre.

Le vent s'engouffre. Premiers frissons. Je réajuste mon écharpe, ferme mon manteau et recule m'asseoir dans les baquets oranges.

Tu es toujours là alors que les ombres et le temps entre chaque métro s'allongent. Encore un pas en avant, encore un pas en arrière...Une langueur monotone me submerge et à mon réveil tu n'es plus là.

Tu as fini par le prendre.
Tu as attendu que je m'assoupisse avant de monter dans ton dernier métro me laissant seul dans ce fauteuil d'hôpital face à ton absence et à l'agitation du corps médical.

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Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 17:00

    Une tasse tombe au ralenti.

    C'est même tellement au ralenti qu'on a l'impression de la voir remonter et reprendre sa place sur sa soucoupe.
        
      « Loin de mon coude, tout boude» comme disait mon père qu'était moins con que notre poisson rouge (mais à peine) et qui en connaissait un rayon sur le sujet (le lever plus que l'huile, ceci dit en passant). Hélas, le temps étant ce qu'il est depuis que l'homme est homme, rien de tel n'arriva et des éclats bleutés de porcelaine constellèrent rapidement le sol poisseux du troquet parisien qui me sert de lieu de perdition.

       A cet instant précis, en ce moment magique et sublime du temps suspendu, père de tous les possibles, je me suis dis en mon for intérieur du plus profond de moi même que ce serait une bien belle scène pour débuter mon biopic! Une tasse bleue tombe lentement, un des frères Bogdanov, ou les 2 en fonction du budget, déblatèrent sur l'inéluctabilité des conséquences, sur la certitude de l'impact à venir et sur l'hypothèse d'un univers  où les causes deviendraient des conséquences et où le temps accélèrerait et ralentirait au gré de son humeur. Fondu enchaîné : les bouts de porcelaine  deviennent des étoiles et le simili skaï qui tapisse le sol de ce donjon SM miteux se transforme en limpide ciel nocturne d'été.

      La suite coule de source, on remonte à mes aïeux poilus et barbus en train de balancer des os autour d'un feu communautaire. Quelques scènes de la révolution française pour ajouter du piquant à l'histoire, une pincée de pilote de chasse au top de sa forme, un extrait de danseur surfeur suicidaire et, cerise sur le gâteau, aboutissement suprême de cette longue lignée d'êtres extraordinaires, la petite perfection, votre humble future servitrice : Fistule Pèracrole !
   
      D'accord, c'est un nom d'artiste mais reconnaissez quand même que ça en jette nettement plus que Pauline Grosroberts (qui aurait été plus adapté si j'avais choisi sup' de Q plutôt que sup' de Co...) ou  Emeline de Saintonge de la Lie du Bout de la Prairie (qui n'aurait pas tenu tout en haut de l'affiche où je me voyais déjà). Et puis, à ma décharge, tout le monde n'a pas la chance de naitre Marilyn Monroe ou Johnny Hallyday et pour être complètement sincère, il s'agit surtout d'un hommage à mes parents, mes chers géniteurs, mes illustres aïeux, mes donateurs de chromosomes trop tard disparus. A mon père, tout d'abord, qui m'a toujours considéré comme le fils qu'il n'avait jamais eu et que j'ai toujours eu à cœur de décevoir, non sans une certaine réussite, il faut bien le reconnaître. Ne dit-on pas d'ailleurs que le fils tue le père ? A ma mère ensuite (aucun rapport je suis fille unique).

      Mais passons cette digression introductive pour aborder la substantifique moelle de ce courrier dont, je suis sure, vous avez noté l'exceptionnelle originalité. Originalité que je souhaite d'ailleurs mettre au service de la puissance créative de votre société, leader dans son domaine, mais dont on peut regretter le manque de prise de risque dans l'offre qu'elle propose. C'est en ce sens que je vous écris spontanément cette missive afin de solliciter la création d'un nouveau poste dans votre équipe : responsable artistique. C'est d'ailleurs pour cette responsabilité que je m'empresse de postuler, certaine de trouver en vous un lecteur attentif et bienveillant, capable d'assimiler les bienfaits illimités de ma proposition.

      Si, toutefois, pour des raisons indépendantes de votre bonne volonté, vous ne pouviez accéder à ma demande, sachez que je suis prête à intégrer le département production de votre établissement en attendant le déblocage des fonds nécessaires.

     En espérant pouvoir intégrer votre équipe telle que je suis ou au moins vous présenter de vive voix la cohérence de ma réflexion artistique et de ma trajectoire créatrice avec votre enseigne.
   
     Artistiquement votre,


    F.P.                                                   
  

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Une lettre de motivation tombe lentement dans la corbeille du responsable du MacDo de la porte de Vanves.

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