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C'est ici que ça se passe

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Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 15:29

A travers le hublot je vois la mer. J'admire les moutons fous gambadant sur les cimes des vagues à la recherche d'une herbe moins bleue. Mes doigts rythment la salsa endiablée de leurs sabots frappants la surface des choses, alors que mon esprit vagabonde. Il erre, il se perd. Il cherche la sortie parmi les volutes de fumées qui embaument notre cabine du parfum sucré d'Amsterdamer. Ma pipe s'éteint avec les dernières lueurs du jour. Une lame de fond submerge alors mon vague à l'âme.

 

A travers mon hublot je vis la mer. Je ressens au fond de mes tripes sa violence insensée tout autant que son immensité. Sa tristesse infinie coule le long de mes joues laissant un sillage de pureté dans un univers de crasse. Et pendant ce temps mon compagnon de cabine dort. Alors je m'allonge sur ma couchette. Les bras derrière la tête et les yeux mi-clos. Je me mets au diapason du navire en attendant le sommeil.

 

On me dit beau à tomber avec mes traits fins et mon teint halé. Mes tatouages rehaussant des muscles seyants dont je joue habilement sous l'uniforme réglementaire pour approcher les âmes libres des ports de ma vie. Peu nombreuses, d'ailleurs, sont-elles ces âmes à avoir su voir le chasseur caché derrière le beau parleur mais toutes jurèrent, un peu tard, qu'on ne les y reprendrait plus.

 

A bord, tout le monde m'appelle Joli Cœur. Je ne sais si je le dois à mes qualités d'acrobate ou à mon joli minois, mais à mon passage, je sens des regards envieux et haineux évaluer, noter, quantifier, comparer, juger et finalement estimer le moment de ma déchéance. A quel instant pathétique le superbe albatros devra-t-il à nouveau rejoindre le pont et redevenir le coq pitoyable et maladroit ? Oui, à quel moment...Demain peut être…oui demain surement.

 

A peine l’aurore, déjà l’horreur.

 

Au réveil, le sang arrive bruyamment dans mes tempes et je me demande si mon cerveau ne s’était pas mis en apnée le temps d’un sommeil, d’une respiration. Durant cet abandon, mon inconscient a su réprimer son désir d’épanchement et laisser à mon corps l’apaisement dont il avait besoin. Alors, il aspire goulument, profondément, avidement le précieux liquide rouge dont il s’était privé. Il revient à la vie hoquetant, et moi avec. J’ouvre alors les yeux et je souris devant la femme dénudée et affriolante qui s’offre lascivement à moi. Les courbes plantureuses et les lèvres rouges attirent mon regard. A peine suis-je déstabilisé par l’absence de bras et de jambes et je me surprends à avoir de très hautes considérations très bassement matérielles devant ce graffiti erotico-naïvo-rupestre d’un précédent locataire. Trop de poitrine et une coiffure beaucoup trop folle à mon goût.

 

Sur la couchette voisine, un bras ballant oscille. Celui qui se fait appeler Brutus ne devrait plus tarder à se réveiller. Comme tous les matins, il se grattera la barbe noire d’un air absent, marmonnera des grossièretés laconiques sur la literie, les goélands et Sartre, puis rallumera le premier mégot à portée de sa main poilue. Après la première bouffée inhalée et le shoot passé, il plantera ses yeux haineux dans la miens jusqu’à l’arrivée de ce qui sert à colmater notre estomac. Une fois encore, la platée verdâtre et visqueuse fera son office et nous donnera la force nécessaire à supporter notre quart, à tracter, lessiver, border, à se faire engueuler parce qu’on va trop vite…ou pas assez, parce qu’on est dehors…ou dedans…ou juste parce qu’on existe.

 

Perdu dans mes pensées, j’entends à peine le haut parleur grésiller, signe d’une proche annonce qui ne tarde d’ailleurs pas à se faire entendre :

 

« Les détenus du bloc D2 sont priés de se préparer pour la promenade ».

 

Détenus ? Nous avons donc des repris de justice à notre bord ?! Voilà une nouvelle qui ne manquera pas d’agrémenter notre voyage de péripéties mouvementées qui pimenteront notre vie à bord. Mais pourquoi diable le capitaine ne nous en a-t-il pas parlé plus tôt ? Oubli ? Manipulation ? Secret défense ? Dieu seul le sait…et encore…

 

J’imagine une dernière fois la mer à travers les barreaux. Au delà des vigies, j’entends la houle frapper notre bâtiment et le vent de la liberté s’engouffrer dans les couloirs. Je m’évade au gré du roulis et je me noie lentement dans la réalité.

 

La porte de ma cellule vient de s’ouvrir.

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Communauté : CROQUEURS DE MOTS
Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 22:45

 

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Samedi dernier, quelques saltimbanques « flammaient » au palais de Tokyo....

 

Il y avait aussi trois fois plus de photographes tentant de saisir leurs prouesses, dont certains s'essayaient pour la première fois à ce genre de prises de vues. Chaud, chaud...

 

(dès que over_blog me le permet, je met les autres!)

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Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 10:53

Il est l’heure. 

Il est prêt.

Il est froid.

Ce soir encore il va frapper. Ce soir encore, des gens mourront.

Assis devant sa glace, la tête baissée, il se concentre. Il écoute son cœur et ses battements lancinants.  Toc Toc Boum, Toc Toc boum, Toc Toc boum. Le moteur est bien huilé, pas de hoquet, pas de sursaut, un véritable métronome, froid et parfait.

Il  est l’heure.

Il fait froid.

Il est méthodique et déterminé, chaque geste est calculé, chaque étape anticipée. Aucune erreur ne lui est permise et toute imperfection lui sera fatale.  Il enfile d’abord collants moulants, pantalon et chaussures ; pose ensuite le pistolet sur l’avant-bras et les munitions à la ceinture ; recouvre enfin tout ce barda d’une ample chemise blanche.

La veste, le chapeau et les gants attendront. Il faut d’abord se rendre méconnaissable, ne permettre à personne  de faire le lien entre ça et un être humain. Sur l’étal des perruques il choisit la brune. Exubérante et crépue, elle cachera à merveille ses cheveux poivre et sel.

Dernière touche de l’esthète, il se blanchit le teint, se rougit les lèvres en vermillon. Il se veut l’image de la mort et il pleure.

Une fleur à la boutonnière, il se lève, met le gant droit, puis le gauche. Ce soir, il les a choisi blancs, purs et immaculés comme ses futures petites victimes.

Il a froid.

Les images, les odeurs et les clameurs arrivent du dehors.

Ce soir encore, il frappera. Ce soir encore aux premières de la nuit on célèbrera sous le chapiteau, l’arrivée du clown triste.

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Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 20:47

Un jour j'ai eu une idée. Je m'en souviens comme si c'était hier. D'ailleurs c'était hier. C 'est survenu alors que je somnolais tranquillement un peu avant le repas de midi. Elle a surgi de nulle part; Plus exactement, elle a émergé du vide sidéral situé entre mes 2 oreilles, recréant un Big Bang à ma mesure, dérisoire. C'est bien simple, avant il n'y avait rien, après il y eu quelque chose. Étrange et grisante sensation que de se sentir l'égal d'un dieu.

 

Vous noterez quand même que je n'ai pas dit « un jour j'ai eu une BONNE idée ». Non, non, non juste « un jour j'ai eu une idée ». Une idée vraiment quelconque sans ores ni fioritures. Une idée dans son plus simple appareil, nue comme une bulle de champagne et belle comme une orchidée entre 2 floraisons. Certes, après 27 longues années de maturation, on aurait pu s'attendre à quelque chose de plus abouti mais on peut difficilement exiger d'un premier essai d'être un coup de maître. Regardez mon fils ainé par exemple...mais là n'est pas le sujet.

 

Depuis, je la bichonne comme ma première Harley, le Polish en moins. Je l'arrose d'une pluie de bonne volonté, je fertilise le terreau d'originalité et je la regarde s'épanouir au soleil du bon sens paysan. Hélas, on peut y mettre énormément d'amour, s'impliquer et s'investir entièrement dans un projet créatif, cela n'augure en rien du résultat final. Regardez mes enfants par exemple...mais là n'est toujours pas le sujet.

 

 Je disais donc, hier j'ai eu une idée au moment de la sieste. Soyons honnête, c'était une idée à la con comme on peut en avoir avoir entre le pastis et le Ricard, mais on m'a toujours appris à être fier de soi quelque soit le résultat obtenu. D'ailleurs, vous avez vu comment je regarde mes enfants...mais on n'est pas là pour parler de Jonathan, Cindy, Pierre, Paul et les autres. Toujours est-il qu'un lapin, ça ne sait pas nager. Je le sais parce que j'ai essayé dans la piscine de mon voisin Célestin....Je vous l'avais bien dit que c'était une idée à la con...

 

Depuis, monsieur l'agent, je vous jure que j'ai arrêté d'en avoir...

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Vendredi 7 janvier 2011 5 07 /01 /Jan /2011 08:20

 

J'ai gravé au bout de mes doigts le grain de ta peau. Je connais certains coins et recoins de ce continent perdu où je me laisse guider par des constellations clairsemées. J'ai appris les pleins et les déliés de tes courbes au gré de ma promenade nocturne J'y ai même laissé quelques sensations en retour. J'ai parcouru le chapelet de perles de ton dos, tout au frisson des montées et des descentes, du creux de ta nuque aux creux de tes reins. Errant, me hasardant de ci de là, effleurant une épaule, une main, j'ai transmis ma douceur, bien caché dans les racines de tes cheveux.

 

J'ai transformé ton corps en une portée où je déchiffre une partition inconnue. Chef d'orchestre soumis à l'écoute de ton rythme, chaque note résonne alors au fond de mon cœur, écho insensé et insolent au plaisir du toucher interdit. Risque non calculé aux conséquences non maîtrisées, je n'ai plus que la mémoire de mes doigts pour revivre ce moment de tendresse. Les yeux clos, je ressens de nouveau l'abandon coupable de cette rencontre.

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